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Château de Blois / France / June 2007
C’est dans décor exceptionnel que les Stooges se sont produits le 28 Juin 2007. On a beau savoir qu’en 40 ans de concert, l’Igg a eu de maintes occasions de jouer dans des lieux plus ou moins originaux : arènes romaines, devantures d’église, salles d’opéra ou de théâtre, mais jamais à ma connaissance il n’avait joué dans une résidence aussi royale que celle… de Louis XII en personne ! La cour du château de Blois fût donc, le temps d’une nuit, une espace surréaliste où il faisait bon entendre le cri glacial de l’Iguane en rut et où les pogoteurs imbibés tombaient la tête en avant sur du pavé (très chic mélange de genres…). Après une première partie (Les Plasticines) ayant laissé de marbre une grande majorité du public - en délivrant un set d’une demi heure bien huilé - mais aussi peu émouvant qu’un pigeon crevé dans un caniveau – les événements se sont rapidement enchainés et les roadies ont installé le décor de guerre favori de l’oncle Iggy, à savoir une configuration épurée au possible avec comme unique accessoire scénique un petit mur d’enceintes de 2m sur lequel il aime tant forniquer en chantant Down on the street. L’histoire ne se réécrivant jamais, l’arrivée sur scène d’Iggy est toujours aussi forte qu’un déraillement de TGV et il attaque Loose sans broncher, rasé de près cette fois, et toujours avec la même tenue que depuis 2001, à savoir un blue jean près du corps et des bottines compensées.
Comme prévu il nique son mur d’enceintes sur Down on the street puis annonce une chanson « with a magic number » : 1969. Dans la fausse les gens sont un peu trop civilisés et on se bouscule tout juste… jusqu’au 4ème titre : I wanna be your dog, où le pogo inévitable explose gentiment. L’avancée centrale de la scène étant très proche du public, Iggy n’a pas de mal à plonger à la fin du titre, il ne restera pas pour autant plus d’une minute entre les mains fébriles des fans en érection. S’aspergeant régulièrement la gueule de flotte, Igg continue son set qu’il connaît du bout des doigts avec un majestueux TV Eye qui sonne mieux que jamais dans cette cour où les rois de France n’ont jamais eu la télé, pauvres d’eux, puis il descend faire chanter ses fans ignares sur My idea of fun, ce qui lui vaudra quelques vents lorsque personne ne lui répond : « …is killing everyone ». Il est temps de faire un break après ces 3 titres rapides et violents avec Dirt, la fameuse balade mélodramatique où Iggy se gifle, se griffe et se torture dans tous les sens. Pour le duo désormais inespérable Real cool Time / No Fun, une trentaine de gais lurons dont les Plasticines et Nicki des Brats viennent danser respectueusement autour du vieil héro et reprendre en cœur « it’s no fun to be alone ».

Arrivé à la moitié du concert, Iggy déjà relativement claqué, prend le temps de nous introduire le groupe (« on bass, the minutemen Mike Watt, on drums, Rockaction etc. ») avant d’adopter une posture plus figée, agrippé au pied de micro, laissant les voyeurs compter les stries qui marquent son corps, les rides, cicatrices et autres imperfection toutes aussi géniales les unes que les autres, puis il chante 1970. Entre deux crachats lubriques à souhait sur son fan club et des hurlements « I feeeeeel allriiiight », on a quand même droit à quelques sourires laissant imaginer que ce concert ne lui déplait pas trop. En observant les autres membres du groupe on réalise que Mike Watt fait pratiquement le grand écart depuis le début du concert, collé à ses enceintes, comme s’il devait garder cette pose pour ne pas faire souffrir ses genoux abîmés. Bizarre mais cool. Ron a une petite médaille d’ancien combattant avec notre bon drapeau tricolore, « much respect ». 1970 achevé, le groupe enchaine avec l’interlude qu’Iggy appelle Mindroom, sorte de trip sens dessus dessous où il relate sans doute ses expériences hallucinogènes de la période où ils ont enregistré Funhouse. « I took a trip into the mind room, to see how it would feel… ». Puis Funhouse coupée à la L.A Blues sont balancées au quart de tour avec Steve, le saxo, qui souffle comme un bœuf et apporte la touche indispensablement jazzy du son Stoogien. Le combo du second album des Stooges touchant à sa fin, les lumières se tamisent brusquement et Iggy feint de quitter la scène, pour mieux revenir au galop sur Skull Rings.

Alors qu’on s’attendait en toute logique à She Took My Money (NB : Iggy ne change quasiement jamais sa setlist d’un concert à l’autre), il hûrle à Scott Asheton d’attquer Trollin’, premier titre du nouvel album. Cette dernière rend à ce propos très bien parmi les titres vieux de 30 ans et chaque phrase lui permet d’en profiter pour mimer avec un malin plaisir ce dont il est fier « my dick is turning into a tree… ». Dommage que le public ne semble pas connaître le disque ni trop apprécier la nouveauté. Quelques remerciements au public plus tard le groupe quitte la scène et prend quelques brèves minutes pour souffler un coup avant un rappel assez… torché. Dans l’ordre : Not Right (abrégée de moitié), Little Electric Chair (qui ne cesse de se peaufiner en live d’année en année, avec un solo de basse puis un de guitare assez jouissif) et Double Dog (également très raccourcie et où Iggy chante avec une voix grave et hors du tempo). Cela n’empêche pas le public de prouver une dernière fois qu’il adore I wanna be your dog, qu’il connaît les paroles, et qu’il en veut encore, qu’elle soit bien jouée ou non. Lorsque la dernière note résonne Iggy disparaît brutalement et définitivement, sans mot dire.

Avec assez de recul on peut donc considérer ce concert comme relativement acceptable mais en rien exceptionnel (à moins d’affirmer que tout concert d’Iggy l’est ! Ce qui est certes discutable). Le son était assez confus, avec une balance mal réglée où on distinguait souvent peu la guitare, où la voix n’était pas assez forte et où le volume général était en deçà de ce qu’on attend des Stooges. Le groupe a légèrement merdé quelques titres, et Iggy n’avait l’air heureux qu’à moitié ; D’où le seul et unique plongeon dans le public, la setlist probablement tronquée d’un ou deux titres et l’absence d’adieux larmoyants au public. On peut aussi se demander quel est l’intérêt de sortir un disque aussi attendu après 30 ans de séparation pour n’en jouer que deux titres…
Gui Brigaudiot