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Les Voix du Gaou / France / July 2005

Les Voix du Gaou est le festival inaccessible dans toute sa splendeur. Banlieue lointaine de Toulon, puis banlieue proche de Six Fours, puis une île qui n’en est pas totalement une puisque un pont la relie à la civilisation, et nous voilà avec Fabien, un p’tit gars bien rock’n’roll, au lieu improbable où je vais voir Iggy pour la troisième fois en trois mois. L’île en question est une version grande échelle d’une motte de sable au milieu de laquelle trône une scène et les inévitables cabines à chiottes et stands de malbouffe. Le concert précédé par les belges des Ghinzu est censé commencer à 20h mais comme souvent, un problème technique retarde le passage des Stooges d’une heure. Le problème, c’est un vent de sable qui empêche de finaliser le montage de la scène… Au-delà de la palissade, on aperçoit une Mercedes suivit d’une Espace, desquelles sortent respectivement Dieu Iggy et sa poupée vaudoue Nina, et les Stooges. L’Ig a l’air en grande forme, avec son débardeur noir et son froc griffé noir et rose fluo. Quelques gais lurons scandent son nom, petit salut de la main et sourire qui affiche une dentition hollywoodiennement blanche et refaite. Ca va le faire ce soir, on le sent. Une heure plus tard, on est scotché au devant de la scène, dans le couloir réservé à la sécu et aux photographes, avec nos appareils photo respectifs. Comme à chaque concert je pense à l’Ig qui stresse à mort avant de monter sur scène, même après plus de trente ans de spectacle, et au bassiste Mike Watt qui lui doit frôler la crise cardiaque tant il est concentré. Du coup on se met aussi à stresser et à n’en plus pouvoir d’entendre Joss, le roadie faire ses cent mille essais micros. Visiblement la colonne d’enceinte de gauche ne fonctionne pas comme prévu… Finalement ça y est, tout s’arrête et le groupe surgit sur scène pour attaquer Loose. On shoote tant qu’on peut sur les deux premiers titres l’Iguane qui prend la pose et qui répète ses mouvements parfaitement rôdés avant une fornication du mur d’amplis du bassiste. Sur 1969 on parvient à se coller contre les barrières tout devant à gauche, avec le son et les basses qui nous martèle les tympans. Le temps de prendre encore quelques photos à l’arrache avant de n’en plus pouvoir de ce son trop élevé. On recule pour enfin apprécier le concert à sa juste valeur.



Même si tout est archi rodé avec Iggy et ses Stooges, le héros a l’air bien plus heureux qu’à l’habitude et affiche son sourire à tout va entre deux déhanchés et sauts déconstruits. Son enthousiasme et son envie de crier le font quelque peu détruire Dirt qui est censé être calme et chuchotée, puis foutre un bordel sans nom sur Real Cool Time / No Fun où cinquante fans envahissent la scène pour s’agripper à Iggy. Un Stooge qui ne fait pas partie du groupe va jusqu’à danser bite à l’air sur tout le morceau, exhibant un corps informel de gras et de beaufitude, aux côtés de l’œuvre vivante d’Iggy – véritable bouclier de chair dégueulant les traces du temps en cicatrices et sillons de rides aussi profonds que le grand Canyon. 1970 / Funhouse reste à l’habitude le passage le plus intense du concert, avec Steve qui crache dans son saxo jusqu’à n’en plus pouvoir. Le pogo bat son plein sur Skull Rings, un titre qui ne fait pourtant pas partie des classiques.



Arpès un second I wanna be your dog rendu très glauque par le son étouffé du saxo, Iggy décide d’offrir un Not Right en rappel, qui est le bienvenu. Iggy salue le public une dernière fois et fout le camp avec sa Nina direction l’hotel. Il lui reste 48h pour reprendre des forces avant son prochain concert en Suisse…

Gui Brigaudiot