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Lokerse Festival / Belgium / 2005
Quatrième et dernier concert des Stooges auquel j’assiste cette année, sans spécialement m’attendre à quoique ce soit de révolutionnaire par rapport aux précédents concerts. Je dirais même que j’étais plutôt anxieux à l’idée de voir ce qu’allait donner l’Iggy aux belges à un moment si tragique de sa vie (rappelons qu’il venait de perdre son meilleur ami et manager la semaine précédente) – bâcler le concert ou le dédier au manager, faire comme si de rien n’était, etc. Telle était la question du jour. Les craintes se sont vites envolées après cinq minutes d’angoisse qui ont succédé la présentation du groupe par un organisateur du festival et où la scène est restée désespérément vide, avec pour seule âme qui vive, un roadie qui gardait la gratte de Ron en main, prêt à lui passer autour du cou. C’est Mike Watt qui est finalement apparu le premier sur scène (Much respect !), déboulant à toute vitesse vers sa basse, puis Scott et Ron, et enfin Iggy – le lutin magique qui apparaît sur les premières notes de Loose. On a instantanément été frappé par l’exceptionnelle qualité sonore du spectacle, avec une balance parfaite, aucune saturation, et la voix d’Iggy d’une clarté sidérante et qui portait sans doute jusqu’aux frontières franco belges. Le héros était une fois encore en grande forme et se foutait de l’état de sa mauvaise jambe et des 58 piges qu’affichent le compteur en gigotant plus qu’à l’habitude et en se vautrant de tout son long sur la prolongation de la scène qui pénétrait la fosse. Les fesses au vent dès le premier titre, Iggy n’a pas cherché à remonter son froc mais plutôt à prouver qu’il n’a plus rien à apprendre de personne et qu’il est encore le Rock incarné. Fornication d’enceintes, mimiques provocatrice, crachats et distorsions chewingumesques, tout pour impressionner celui qui ne l’a jamais vu, et un best of de son répertoire physique pour les autres. Entre chaque titre il remerciait la foule d’un « salute » « merci » « fucking mer, fucking ci, fucking merci » et affichait un sourire convaincu aux belges. S’il n’y a pas eu la moindre surprise en matière de setlist ou d’événement purement rock’n’roll, on a toutefois apprécié la prestation carrée et hyper rodée des Stooges qui jouent décidément de mieux en mieux à chaque concert. Pour une fois, Real Cool Time et No Fun n’ont pas été massacrées par les cris des fans envahissant la scène, et Iggy n’a pas passé les trois quarts de son temps à tuer ses propres chansons en hurlant plus qu’il ne le faut – comme ça avait été le cas à Six Fours où il avait quelque peu tué Dirt et la reprise de Dog en fin de spectacle. On aura été quelque peu surpris de voir Iggy si souriant en chantant Dead Rock Star (chanson qu’il appréhendait jadis de jouer) comme si la mort ne lui faisait définitivement plus peur, après avoir brandit sa bague tête de mort sur Skull Rings. Le moment le plus intense et jubilatoire pour L’Ig aura visiblement été Little Doll, précédé d’un « Let’s go to Africa !» où il rentrait en une transe vaudoue sublimement épaulée par les maracasses de McKay. Au bout d’une heure sans l’ombre d’un hic, le Pope avait toujours l’air aussi chargé en énergie et on aurait juré qu’il allait rallonger le concert d’un titre ou deux … Ce qui n’a pas été le cas puisque Not Right aura été l’unique rappel (dommage qu’Electric Chair n’ait pas conclue la setlist). Si tout aura été grandiose ce soir, le show trop parfait des Stooges manquait toutefois d’une touche d’imprévu ou de dérapage. On ne regrette pourtant rien car une fois encore le son n’a jamais été aussi bon, et le groupe non plus ! Come back Iggy ! Revient en 2006 avec tes nouvelles chansons !Gui Brigaudiot