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Zénith de Paris / France / 2006

Quatre ans après la légendaire réunion des Stooges au Coachella Festival, Iggy et ses coyotes connaissent leur setlist sur le bout des doigts, mais pourtant, il leur arrive encore de s’offrir  quelques heures de répétition, comme en ce dimanche 7 Mai, jour précédant le concert du Zénith. Certains parlaient déjà d’une chanson du prochain album qu’ils testeraient sur le public parisien (à la manière de My idea of fun uniquement jouée au Japon), d’autres, plus blasés, ne s’attendaient à rien de différent par rapport aux années précédentes… Lundi 8 Mai, 19h45, le Zénith est déjà aux deux tiers plein. Les Brats surgissent d’un brouillard de fumigènes balayé par d’agressifs spots rougeâtres. Roulement de batterie, guitare agressive, les kids savent que c’est probablement LA chance de leur vie pour se faire remarquer (bien qu’ils ne soient pas inconnus au bataillon de la scène rock parisienne). Le titre d’intro/outro est toujours aussi efficace pour commencer une prestation et poser d’emblée les cartes sur table. Tous les titres sans exception s’enchaînent impeccablement, joués avec nettement plus de virulence qu’à l’habitude. Pas de temps mort, pas de plantages, la classe. Ni Niki ni ses collègues ne montrent le moindre signe de stress – comme si rien ne les impressionnait ; Plus fort, plus acharnés que jamais, les Brats se foutent tout autant de la réaction du public (totalement de marbre – ce qui n’est pas forcément un mal quand on se souvient de tous les groupes de première partie hués comme des lépreux…) et mettent la barre suffisamment haut pour largement mériter d’ouvrir pour les Stooges. Quelques interjections en direction de la fosse, Niki invite même les mécontents à balancer le contenu de leurs poches sur scène. Malicieuse Vicieuse (nouvelle compo), Lila, l’Idiote et autres classiques de leur répertoire se succèdent si vite que la demi heure de show passe extrêmement vite. Les fans, ou plus modestement disciples des Brats sont comblés (même le Géant Vert qui craignait la grosse gamelle semble enfin convaincu), d’autres qui ont découvert les Brats ce soir ont compris que le futur du rock français ne se fera pas sans eux. Quarante minutes d’attente où l’excitation ne cesse de monter et voici venue l’heure des Stooges ! Les Stooges qui débarquent sur scène dans une obscurité quasi-totale. Instantanément la foule se compresse comme si une armada de bulldozers l’entassait contre les barrières du premier rang ;  Et l’Iguane sautille avec le diable au corps sans attendre de une ni deux pour déballer sa chorégraphie d’homme chewing-gum. Les trois premiers titres (Loose, Down on the street, 1969) sont joués sous une lumière très avare, d’où les silhouettes du groupe jaillissent à contre jour – ce qui produit à la fois une atmosphère froide mais épurée. Exit les spots archi colorés, fumigènes, musique d’intro et artifice scéniques (on repense à la boule disco du Zénith en 2004), les Stooges veulent que leurs disciples se focalisent sur la musique et rien d’autre. Iggy lui-même semble nettement plus concentré que les années précédentes – ce qui ne lui enlève en rien sa manie de plonger dans le public (deux sur Dog et une fois en fin de set sur Little Doll), de se couvrir de crachats baveux qui lui collent à la gueule et de se défroquer en bonne et due forme. Il grimpe sur les amplis puis simule la fornication d’une groupie sur Down on the street, se suspend aux câbles tel un singe halluciné, martèle son micro et hurle à tout va tandis que les pogos ne cessent de s’intensifier et que les moins grands se ramassent à plat ventre… Jusqu’à Dirt – unique moment de répit du concert. Une nana se fout torse poil et fait rebondir ses seins en direction d’Iggy, quelques poignées de tout jeunes kids slament furieusement pour se hisser sur scène pour le duo Real cool time / No fun… L’invasion scénique par le public est toujours un moment frustrant pour ceux qui restent dans la fausse puisque les touristes qui s’accrochent à Iggy ont toujours pour effet de faire merder les titres et surtout de massacrer No Fun (surtout quand ceux qui ne connaissent pas les paroles essayent de remplacer Iggy…).  Le chaos sonore ne tarde pas à reprendre le pas avec 1970 / Funhouse et il devient impossible de rester dans le premiers rangs sans faire machine arrière. Même si le concert a de quoi faire jubiler le rock addicted, tout est trop similaire aux concerts des années précédentes et les surprises manquent cruellement. Quatre ans de concerts et une routine trop installée… Pas l’ombre d’une surprise non plus dans la setlist, jusqu’au grand final où Iggy offre un rappel d’enfer avec Little Electric Chair revisitée, améliorée et rallongée. Au final le concert aura tout de même duré bien plus d’une heure et les Stooges n’ont pas fait leur boulot à moitié !

Gui Brigaudiot