{IGGY-POP.COM}

SuperBock SuperRock / Portugal / 2005

Munis de nos des pass soit disant « all access » pour le concert des Stooges, nous glandons dès la fin de l’après midi sur le lieu du festival, Green Super Bock en main (NB : La Super Bock est l’équivalent local de notre Heineken. Elle existe en deux version ; La normale et la Green qui est coupée à la limonade et au citron), les yeux dans le flou entre la grande scène où Mastodon se produit (jamais entendu parler) et le ciel nuageux au travers duquel s’envolent quelques longs courriers. Mastodon cède sa place à Slayer. Insupportables bourrins sans âme ni soupçon d’humanité, les beaufs de Slayer martèlent leurs attirails scéniques, sans rien avoir à envier aux pires groupes de black metal. Le frontman, en décalage total avec l’agressivité du groupe et les drapeaux à peine nazillons est bien le seul à rassurer un brin quant à la mentalité de l’engin. Manque de bol pour nos oreilles gavées par la bouillie sonore, ils jouent une heure et demi contre une heure - ou moins - pour les autres groupes, ce qui décale tout le reste de la programmation. Place à Joss, le cow-boy roadie de L’Iguane qui s’empare du micro pour le sound check habituel avec ses « yeah, hey, che, ye, heyyy ». La tension monte. Un an après avoir vu Iggy pour la dernière fois, on craint le pire mais on espère forcément le meilleur ! C’est là que l’affaire se complique pour nous puisque l’organisatrice censée nous emmener sur scène (pour faire des photos) n’arrive jamais alors qu’Iggy lui est déjà là avec ses Stooges à attaquer Loose. S’en suivent alors dans la plus grande précipitation quelques minutes de course dans l’envers du décor – où l’on croisera entre autre le bassiste et le guitarise de Manson avec leurs copines respectives – pour enfin arriver aux escaliers arrière menant à la scène auxquels on nous interdit finalement d’accéder… Derrière ligne droite, épaulée par l’organisatrice à peine en retard, qui nous laisse passer dans le pit à photographes, entre là scène et la fausse. Deux titres pour shooter l’Iguane de près, c’est quand même extra, mais ça n’est rien comparé à la fureur de joie qui nous anime en pénétrant la foule hyper compacte et pogotante tandis que les premiers accords de I wanna be your dog retentent ! On s’égosille jusqu’à avoir les cordes vocales qui déraillent, c’est trop bon, c’est Iggy, c’est le héros, il est là, en chair et en os, et nous aussi on est là, à quelques milliers de kilomètres de chez nous, pour le voir.



Iggy n’a finalement rien perdu à son énergie volcanique en un an, et malgré sa mauvaise hanche qui le fait toujours autant boiter et grimacer, il se donne à cent pour cent avec sa setlist favorite (Loose, Down on the street, 1969, I wanna be your Dog, Tv Eye, Dirt, Real Cool Time, No Fun, 1970, Funhouse, Skull Rings, Dead Rockstar, Not Right, Little Doll, I wanna be your Dog) qu’il joue depuis la reformation avec les Stooges. En prime à l’excellence des musicos, Iggy se déchire quelques sillons de chair sur le torse pour laisser fuir l’hémoglobine animale qui l’habite. Sur Real Cool Time il tentera presque en vain de faire monter le public sur scène – mais celui n’étant visiblement pas habitué à une telle invitation n’osera pas le rejoindre – à l’exception de quelques gaillards refoulés par le service se sécurité. Iggy leur crachera à la gueule sa relache des « Fuck you, you nazi pricks, you motherfuckers, let them on stage, let them up ». Quatre festivaliers victorieux arrivent enfin à grimper aux côtés d’Iggy qui entame un No Fun très attendu par le public qui chante en coeur. S’en suit un toujours aussi détonant 1970 où je me dis que ça ne serait pas un mal de crever sur ce titre face à Dieu Iggy tant c’est le moment ultime de jouissance rock’n’rollienne. Mais c’est Iggy qui s’âtèle à évoquer la mort en annoncant « This fucking technology killed the music, that’s why I call this one Dead Rockstar ». Sur ce titre il a effectivement l’air un peu dead, assis sur son ampli à l’avant de la scène et reprenant son souffle pour la raclée finale. Sur Little Doll il déboutonnera une fois encore son froc, laissant s’échapper son cul bronzé. Une heure tout juste après avoir gravit la scène (et sans break ni encore), il tire sa révérence. Much respect Iggy, t’es toujours le meilleur !

Gui Brigaudiot